C’est ce qu’on dit en tous cas. Hop, pouf, vlan, mon esprit se lâche et je peux, tout en écoutant Janet Jackson, me répandre sur ma vie.

Quoi de neuf me demandent les gens. Rien. Rien ou presque, et c’est presque rien. Rien car depuis que j’ai surmonté la rupture, je me suis lancé à fond dans le boulot, une échappatoire, oui, certes, mais mon meilleur remède contre l’anxiété et la tristesse. Cela me fait du bien, je ne suis pas un workoholic car je sais m’arrêter et mettre le hola quand cela est nécessaire et donc c’est une bonne dose de concentration qui me permet de zapper le reste mais vraiment tout le reste car une fois que je suis dedans il est impossible pour moi de revenir sur autre chose dans le temps où je m’y consacre.

La nouveauté dans ma vie c’est 7 mois de célibat. Aucune histoire, quelques rencontres mais pas de lendemain, pas de projets, pas d’envies. La nouveauté c’est l’opportunité d’un nouveau poste, je ne parle jamais de mon boulot, et pour cause, parce que , c’est un moyen de vivre pas une fin en soi. Je m’y consacre de manière pleine et entière. Bref, j’attends une réponse, wait and see…

La nouveauté c’est l’opération de l’épaule à la fin du mois de juin puis trois mois où je vais devoir attendre, faire de la kiné, me remettre en forme, attendre, être patient, ne plus pouvoir aller sur le terrain, ne plus faire de sport du tout, être dépendant des autres. La somme de toutes les choses que je déteste par dessus tout, ou presque.

La nouveauté c’est mon état d’esprit. C’est la capacité à rebondir après six mois d’un enfer quotidien où j’étais enfermé, prisonnier de mon esprit et de ses questionnements, aucune réponse et puis j’ai eu ce déclic qui tient à rien. J’ai eu la présence d’esprit d’y croire et d’avancer. Voilà, je vais bien, sans raison particulière, pas parce que je m’en persuade ou que c’est le seul moyen ou la seule chose à faire, non. Je revis. Un jour, un jeune homme qui me plaisait tant m’a dit que j’étais comme le phoenix. je trouvais ça con, je trouvais ça prétentieux. Alors aujourd’hui, oui, je suis con et prétentieux mais je suis revenu des cendres, des ruines et des larmes.

La nouveauté c’est cette remarque d’un charmant jeune homme qui m’a “abordé” : “à 29 ans, quand sentimentalement on n’a rien vécu, il faut se poser des questions”. Oui, certes, il doit y avoir une cause qui expliquent la conséquence que je suis, que je vis, que j’ai endurée.

Oui, n’avoir pas eu de relation “longue durée”, avec tout le bémol que l’on se doit d’y attacher dans notre société du tout-jetable, c’est effectivement une situation préoccupante, pour le moins. Mais n’est-ce pas là aussi un fait de société qui veut que l’on ne peut pas aujourd’hui vivre comme au temps de nos grands-parents qui savaient affronter les difficultés, qui acceptaient l’adversité, qui vivaient parfois d’amour et parfois pas et qui duraient 60 ans. Aujourd’hui, le moindre soucis devient un Everest, la moindre contradiction devient un casus belli, le moindre défaut de l’autre se compare à une imperfection dont on demande le remboursement de la garantie car on a trouvé moins cher et mieux ailleurs.

Oui, notre société dérive doucement vers le perfectionnisme, notre société se transforme en laboratoire géant, nous sommes les rats que nous inoculons de nos propres contradictions. Nous voulons tout et son contraire, nous voulons le mieux sans le moins bien, nous exigeons la qualité sans les défauts. Nous nous imposons des règles dans une civilisation qui ne supporte plus les règles, chacun sa loi, chacun ses directives. Lui n’est pas mieux que moi, j’ai le droit, je m’autorise à…L’autre ne veut plus rien dire, l’altruisme a été balayé par l’individualisme et nous recherchons notre bonheur propre par l’intermédiaire des autres, nous ne sommes que les instruments de nos propres fantasmes et de nos envies.

Le mieux est l’ennemi du bien. Le pire est à venir.