En y réfléchissant, le net c’est l’empire du désir. On y passe souvent du temps comme avant on passait du temps devant la télé ou à lire. On est transporté par les découvertes qu’on y fait. On y recherche tous quelque chose, qu’il s’agisse de sites de rencontre, de sites d’information, peu importe le thème, on surfe pour trouver.

Et on trouve quoi? On y trouve qui? Tout semble faussé sur le net. Tout semble distendu, tout semble imperceptible car ce que l’on a en face de soi c’est un écran, c’est des mots, des images et chaque personne interprète les choses à sa manière et selon ses émotions. Un mot peut vouloir dire tant de choses. L’écran est un bouclier contre tout ce qui nous freine. C’est aussi un accélérateur car les émotions peuvent être multipliées par cent et même par mille. On peut croire ce qu’on veut, on peut penser ce qu’on veut. Les codes classiques sont remis en cause et tout devient étrangement facile. Tout devient simple. Ce qu’on s’était interdit devient possible et l’on se permet de faire ce que la “réalité” nous empêche de faire car le regard n’est pas le même, car le jugement n’est pas le même, car le bouclier que forme notre écran nous autorise, nous libère et nous encourage à agir. On agit assis, on agit dans l’immobilité, le silence est partout autour de nous, aucune parole, aucun bruit. On parle avec les doigts, on lit, on échange en silence. Seul le bruit des doigts sur les touches et les cliquetis de la souris brise ce désert humain. Nous sommes des millions connectés et pourtant nous sommes seuls. La toile nous emprisonne dans ses méandres, dans ses réseaux, dans ses fils de vie et de connexion à l’infini. Ce qui hier nous était interdit ou impossible à atteindre se trouve désormais à quelques encablures, en quelques clics on peut enfin se retrouver au Zimbabwe, en Mongolie ou dans le fin fond de la Creuse. On cherche encore et toujours, on tente de trouver la perle rare, la bonne affaire, l’amour…Et le temps s’échappe, le “virtuel” a une vertu : le temps s’écoule rapidement. Le temps nous échappe aussi, on ne maîtrise plus la cadence, la volonté, l’exigence de l’horaire disparaît. Le net devient une addiction, on s’empresse de vérifier ses mails, ses enchères, ses messages, ses annonces, ses contacts, ses photos…On cherche les réponses, on répond aux réponses…

Toute cette réflexion à la con m’est venue pour deux raisons. La première c’est cette information selon laquelle une ado de 12 ans est parti avec un homme de 35 ans après avoir discuté sur internet et aussi une témoignage sur Europe 1 d’un homme qui a rencontré une femme par internet et qui est resté deux ans avec avant qu’elle ne parte et le besoin maladif qu’il avait de retourner sur le net sans en avoir pourtant réellement besoin, sauf ce besoin de parler pour combler une solitude, ce besoin des autres pour se rassurer, se sentir exister, remplir ce vide intersidéral dans lequel on évolue tous. C’est ce qui est surprenant avec le net, le passage à la réalité devient violent, on se confronte à la personne que l’on a contacté ou qui nous a contacté, l’imaginaire nous a construit un fond, nous a donné des couleurs, des formes, une idée…La photo nous donne une idée, la webcam nous donne des formes, les lumières sont différentes, les angles aussi. Ce qu’on a assouvit secrètement derrière notre bouclier d’images, on le vit enfin. Il y a toujours une forme de traque quand on passe du coté virtuel au coté réel. Mais quel est la limite entre les deux? Le net est virtuel dans ce sens que rien n’est directement tangible, rien n’est véritablement palpable néanmoins le net est un reflet du monde, c’est un microcosme, tous les comportements y sont représentés, toutes les couches de la population aussi, toutes les attitudes, toutes les opinions s’y retrouvent. Le vraie différence c’est la façon de les exprimer. Ce que certains pensent mais qu’ils souhaitent garder pour eux, ils ne le disent pas en public, ils ne partagent pas leur avis, ils restent discret mais dès lors que le bouclier est sorti et que la page est blanche, que la toile et ses réseaux sont prêts à recevoir ces caractères, la liberté l’emporte et elle devient parfois violente, elle devient complète, elle devient entière. Mais le net n’est pas tellement différent de la réalité, il y a surtout ce silence qui s’impose à nous.

Le net, c’est l’empire du désir car chacun en espère quelque chose, chacun fonde des espoirs, quelle que soit sa quête, sentimentale ou matérielle.